Souffle vivant

Denis Prieur

EXPOSITION : Du 05 septembre au 01 novembre 2026

VERNISSAGE : le samedi 05 septembre à partir de 16h

Dans le sillage de Robert Filliou, pour qui « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », l’oeuvre de Denis Prieur s’inscrit dans une économie fragile, non productive au sens capitaliste, mais intensément vivante.

À la Croix rousse, cette économie trouve une résonance particulière dans l’histoire ouvrière des canuts et plus précisément dans la figure de Pauline Jaricot, qui inventa une circulation du monde sous forme de rosaire vivant fondée sur de micro-gestes répétés, presque invisibles. Une sorte d’économie du souffle, du lien.

Dans l’exposition apparaissent alors des figures silencieuses : les joueurs de cartes, réunis autour d’une table, suspendus dans un temps sans productivité, mais chargé de présence. Ils incarnent une communauté minimale, une économie du partage sans échange marchand — un temps gratuit, presque sacré.

Et puis les migrants, figures contemporaines de la circulation, du déplacement contraint, du corps en transit. À travers eux, l’économie poétique se confronte à sa limite politique : celle d’un monde où les flux humains sont hiérarchisés, contrôlés, souvent invisibilisés.

Entre ces deux figures — le joueur et le migrant — se dessine une même condition : celle d’êtres en attente, en passage, en suspension. L’un par choix, l’autre par nécessité. Tous deux hors des logiques productives dominantes.

Les chemises de l’atelier deviennent alors des enveloppes possibles pour ces présences. Elles portent l’empreinte d’un corps absent, mais aussi la possibilité d’un corps à venir. Elles circulent comme des objets pauvres mais actifs, des relais d’expérience.

Son travail agit alors comme une résistance discrète à l’épuisement contemporain du sensible. En cela, Denis Prieur rejoint une vision profondément actuelle sur ce que peut encore l’art aujourd’hui : préserver des espaces d’intériorité de vulnérabilité et de lenteur dans un monde gouverner par l’accélération permanente.

Françoise Besson

Vue de l’exposition ©Théodorus Ega

Vue de l’exposition ©Théodorus Ega

Vue de l’exposition ©Théodorus Ega

Suivant
Suivant

L’Autre en partage